mardi 11 mai 2010

Un capitalisme dégénéré

by Bruno Walther

Expliquer la crise par un excès de libéralisme, une absence de règles, une dictature du marché tout puissant est devenu un lieu commun.

C’est une explication commode et rassurante.

Rassurante parce qu’elle laisse à croire qu’il suffirait de quelques sommets internationaux, de quelques lois pour régler, que dis-je, réguler le système.

Commode parce qu’elle évite aux nations qui ont bâti le capitalisme industriel de se poser des questions brutales sur l’inefficience de leurs modèles.

La réalité est que jamais dans notre histoire, les Etats ont été aussi puissants. Jamais le pouvoir politique n’a eu autant d’impacts sur la gouvernance des entreprises. Jamais les entreprises n’ont autant pioché dans la haute administration et le personnel politique pour constituer leurs comités de direction. Jamais les Etats n’ont autant collaboré pour contrôler le fonctionnement de l’économie.

Les Etats sont aujourd’hui à la fois capable de s’endetter massivement pour injecter des sommes massives dans des industries moribondes, que d’engager des actions de guerres sur des territoires particulièrement hostiles, que de dicter le code de conduite interne des entreprises ou que de vous imposer de manger cinq fruits et légumes par jour et de faire trente minutes de marche quotidienne.

La réalité est que la crise que nous traversons n’est pas une crise financière qui trouvera sa réponse dans de nouvelles formes de gouvernance et de régulation.

Simplement parce que nous sommes face à un capitalisme dégénéré.

Un capitalisme, qui à la grande surprise de l’Histoire, s’est littéralement socialisé. Et oui l’occident, par une facétie de l’histoire, a inventé un modèle infernal : le capitalisme socialisé. La rencontre dangereuse entre la forme la plus cupide et brutale du capitalisme avec la figure bureaucratique et déresponsabilisante du socialisme.

Comment en est-on arrivé là ? Par une dynamique improbable mais implacable.

D’un côté les administrations et les politiques qui, pour justifier leurs existences et gagner la sympathie du plus grand nombre, ont étendu leurs influences jusqu’aux éléments les plus intimes de nos vies. Peu à peu s’est imposée une société de la déresponsabilisation individuelle où l’Etat est en charge de tout, y compris de nous faire manger des fruits et des légumes. Dès lors, la solidarité n’est plus une affaire de cœur mais un impôt. L’emploi n’est plus question économique mais sociale. La lutte contre la violence n’est plus une responsabilité civique mais une action de coercition. L’éducation n’est plus une question de valeurs mais de statistiques.

De l’autre, la montée en puissance d’un capitalisme où la propriété des entreprises a été socialisée. Un capitalisme sans patron. Depuis les années 50, les fonds de pensions des salariés (essentiellement anglo-saxons) ont engrangé des capitaux inouïs. À force de prises de participations, les fonds ont peu à peu pris le contrôle des entreprises. C’est un paradoxe mais ce sont les salariés qui ont imposé, indirectement via les fonds de pensions, la règle des 15% de retour sur fonds propres, la gestion des entreprises aux quarters, les plans de délocalisation, les coupes dans les budgets d’investissements à long terme.

Les fonds de pension ont non seulement chassé les entrepreneurs qui les dirigeaient mais changeaient la nature même de la gouvernance des entreprises privées.

Ils ont non seulement imposé, comme dans toutes les économies socialisées, des règles et des ratios bureaucratiques. J’adore la notion de clean staff cost ou de clean operating profit (les coûts de ressources humaines où le profit nettoyait des coûts de licenciements) qui est quand même une vision un peu baroque du compte de résultats. Mais surtout ils ont déshumanisé les entreprises en déresponsabilisant les dirigeants locaux qui doivent appliquer des règles autoritaires souvent absurdes. Ici c’est un travel freeze (une interdiction de voyager), ailleurs un hiring freeze (une interdiction d’embaucher), là une ouverture de severing cost (dépêchez-vous de licencier dans le trimestre nous prenons en charge les coûts de licenciement).

Je pense sincèrement que ce capitalisme socialisé est condamné.

Condamné dans sa forme étatique, avec des Etats qui doivent à la fois affronter, dans le même temps, la baisse de compétitivité de leurs économies et une dette souveraine qui devient explosive.

Mais aussi et surtout condamné dans sa forme corporate. Trop lentes, trop centralisées, trop bureaucratiques, trop déconnectées de la société réelle, les corporations sont condamnées dans leur essence même. Elles ne résisteront pas aux doubles chocs du digital et de la mondialisation.

Et pendant que les biens pensants en Occident rêvent d’un monde encore plus régulé et inventent des systèmes de gouvernance aussi kafkaïens que complexes, les anciens communistes Chinois, les non-alignés Indiens où les geeks californiens sont entrain de régénérer un capitalisme originel. Un capitalisme d’entrepreneurs où la sueur et l’innovation sont récompensées.

C’est bien le paradoxe de notre époque. Le capitalisme est entrain d’être réinventé par des gens qui ont grandi entre une console Atari et le petit livre rouge.

__________________

Lien site originel: http://brunowalther.com/2010/03/16/1699/

mercredi 14 avril 2010

Je n'aime pas Têtu


Je n'aime pas Têtu. Je n'aime pas le militantisme homosexuel. Je ne suis pas pour l'égalité à tout prix, je ne participe pas aux kiss-in, j'ai juste envie qu'on me foute la paix. Qu'on ne fasse pas de ma sexualité l'identification première, qu'on ne me victimise pas sans l'avoir demandé. Qu'on ne crée pas autour de ma personne un stéréotype encore plus lourd à porter à cause de la Gaypride. On se bat contre les préjugés en se marginalisant, où est la logique ?
Je ne demande rien, je ne recherche pas l'assentiment de la société pour exister. Non je ne suis pas égoïste, oui il peut être évidemment difficile de vivre son homosexualité et merci aux associations d'aider les jeunes en difficulté. Mais je prônerai toujours plus le droit à l'indifférence plutôt que le droit à la différence. La contestation saine plutôt que l'extrémisme à tout-va. Je ne veux pas de communautarisme, de ghettos. Des revendications ? Certes. Mais faut-il encore approuver avant tout la nature humaine. Les cyniques resteront cyniques, les racistes resteront racistes. Les homophobes, homophobes. La discrimination ce n'est pas jouissif mais c'est inhérent à la vie. Et le droit est toujours là pour condamner les dérives au cas où...(voir La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse pour la France).

Tout est dans la mesure des choses. Les hétéros fuient le mariage quand les homos le revendiquent comme jamais auparavant. Ils l'ont eu dans certains pays et c'est heureux pour eux. Mais comme partout, il y a les raisonnés et les revendicateurs excessifs. Ceux qui créent l'inverse de ce qu'ils souhaitent: un anti-militantisme et une allergie aux homosexuels en général. Les féministes font pareil. Trop de féminisme tue l'essence-même du mouvement.
On m'accusera dès lors que je profite des combats menés sans les reconnaitre. Mais les vrais combats profitent à ceux qui savent s'arrêter et non pas à ceux qui utilisent les luttes légitimes pour justifier des enfantillages.

Toutes ces discussions mettent bien en lumière que c'est plus un problème de pudeur que d'orientation sexuelle. La visibilité des homosexuels est bien meilleure qu'avant et cela reste une des minorités les mieux acceptées. On déplorera la nouvelle bien-pensance qui consiste à caser un homosexuel dans n'importe quelle série télé, film ou chanson. Car l'homophobie à gros pourcentage n'est implantée que dans de rares domaines, ceux-ci ayant pour points communs une pression sociale liée à un carcan culturel et religieux: dans les cités où l'image de l'homme viril est sacralisée, et chez les catholiques extrémistes. Mais l'ignorance reste la première raison de l'homophobie, notre société est encore toute imprégnée de la morale judéo-chrétienne alors même qu'elle se détache significativement du religieux.
La communauté LGTB aura encore bien de quoi s'indigner. Laissons du temps au temps. Le progrès sans conscience est inconscient!


lundi 12 avril 2010

Duras


"La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle."

Marguerite Duras



mercredi 24 mars 2010

L'affaire Zemmour, suite


RTL et France 2 au pied du mur, le CSA contre Voltaire

Par Bruno Roger-Petit, Le Post.fr

L'affaire Zemmour est devenue une bombe à fragmentation. Ses éclats n'en finissent pas de déchiqueter tous ceux, qui de près ou de loin sont touchés ou impliqués, directement ou indirectement, par les effets de la petite phrase qui a tout fait exploser: « la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes, c'est un fait ».

Hier, le Figaro a fait savoir qu'une procédure de licenciement était engagée contre Eric Zemmour, procédure fondée sur la petite phrase en question. Si Zemmour est effectivement licencié sur cette base, la pression qui s'exercera sur les autres employeurs de l'éditorialiste sera considérable. Carolis et Duhamel auront bien du mal à expliquer que l'impétrant n'est pas salarié de France 2 et qu'ils ne peuvent rien faire contre sa présence dans l'émission produite par Catherine Barma, et Baldelli, le super patron de RTL, aura bien du mal à justifier le maintien au micro d'une chronique quotidienne tenue par un éditorialiste viré de son journal pour propos publics insupportables. C'est le sens de la déclaration du directeur des rédactions du Figaro: « Ça n'est pas la ligne du Figaro que de tenir des propos racistes ». Et à France 2? Et à RTL? A suivre.

Dans le même temps, le CSA frappait Canal Plus (et Zemmour) pour la même cause, sous la forme d'une mise en demeure adressée à la chaine cryptée. Suivant les recommandations du conseiller en charge de déontologie, le CSA a estimé que Canal avait manqué aux obligations de sa convention. Selon une porte-parole de l'institution, deux des articles de la convention qui lie Canal+ au CSA et prévoient que les programmes de la chaîne "ne doivent pas encourager des comportements discriminatoires, ni contrevenir aux valeurs d'intégration et de solidarité qui sont ceux (sic, la porte-parole, elle cause bien le français) de la République" n'ont pas été respectés par la chaine.Effectivement, les deux articles en question sont les suivants:

Article 7

La société est responsable du contenu des émissions qu'elle diffuse.Dans le respect des principes constitutionnels de liberté d'expression et de communication et de l'indépendance éditoriale de la société, celle-ci veille au respect des principes énoncés aux articles suivants.(...)

Article 10

La société veille dans ses émissions :
- à ne pas inciter à des pratiques ou comportements dangereux, délinquants ou inciviques ;
- à respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public ;
- à ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité ;
- à promouvoir les valeurs d'intégration et de solidarité qui sont celles de la République ;
- à prendre en compte dans la représentation à l'antenne la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale.

Si l'on suit bien les conclusions du CSA fournies par Rachid Arhab et ses conseils juridiques, Canal aurait manqué aux obligations de ces deux articles. Cette décision est:

-Juridiquement nulle: n'en déplaise, depuis 1789 et la loi relative à la liberté de la presse de 1881, seule l'autorité judiciaire est compétente en la matière de liberté d'opinion et de droit de la presse. D'autre part, les propos de Zemmour ne tombent pas sous le coup de la loi pénale et de la jurisprudence en la matière. S'il doit y avoir procès, faut-il le répéter, Zemmour en sortira vierge.
Vous l'avez compris, compte tenu des dispositions constitutionnelles et légales existantes, les dispositions de cette convention sont superfétatoires, donc nulles. Pire encore, la partie sur laquelle le CSA fonde sa décision est même contraire à la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, donc à la Constitution. La République ne prône pas de "valeurs d'intégration et de solidarité" , charabia novlanguien évasif et général, dénué de fondement juridique. En revanche, la même République (Ve du nom), se référant à la même Déclaration des Droits de l'Homme énonce bel et bien que:«
Article 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».
« Article 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».
Et on terminera ce petit cours de droit pour les nuls destinés aux juristes du CSA en rappelant le très fameux article 6 du code civil: "On ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l'ordre public et les bonnes moeurs".
La loi, c'est le juge, pas le CSA. Si j'étais juriste à Canal Plus, je saurais quoi faire.

-Politiquement dangereuse: en contournant, selon son bon plaisir, la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen, la Constitution de 1958 et la loi de 1881, le CSA institue de fait une police politique des débats et de la liberté d'opinion à la télévision. Il n'existe pas de précédent en la matière. C'est la première fois en France qu'une autorité administrative indépendante s'érige ainsi en censeur administratif de la liberté d'opinion. C'est un précédent extrêmement grave. Ce que dit Zemmour est contestable, critiquable et parfois insupportable, mais ça n'est pas illégal. Et si on veut mettre en doute la légalité de ces propos, c'est au juge de le constater et de le sanctionner, pas à une autorité administrative auto-investie.Si l'on s'amuse à rapporter les propos de Zemmour à tous ceux qui sont susceptibles de recourir aux mêmes arguments, et si l'on se réfère à la nouvelle « jurisprudence » du CSA, il faut mettre en demeure France 2 sans tarder pour avoir organisé le débat Besson-Le Pen. Amusant non? Surtout lorsque l'on sait queRachid Arhab et Françoise Laborde siègent au CSA tout en ayant gardé leur petit contrat de travail au chaud dans les bureaux de la DRH de France 2. C'est illégal et source de conflits d'intérêts, la preuve. Si j'étais juriste à Canal Plus, je saurais quoi faire.

Il convient aujourd'hui de mettre en garde toutes les associations ou lobbies qui se réjouissent des mésaventures de Zemmour. Si cette chute doit survenir au mépris des principes républicains, par le biais de petits arrangements avec le droit, c'est intolérable. Et on ne pourra que s'inquiéter de constater que ceux qui ont la bouche pleine de « république » sont prêts aux accommodements les plus suspects dès que cela leur permet de remporter une victoire médiatique sur un adversaire politique. C'est pour cela que la joie manifestée par le président du CRAN aujourd'hui sur son blog me file la nausée. A le lire se réjouir des malheurs de Zemmour, acclamer le CSA, on a l'impression d'entendre Saint-Just dire « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté! ». On sait où cela mène ce genre de discours « républicain ». Merci bien, la terreur et la vertu dans les médias, ce sera sans moi.La conclusion s'impose d'elle même. Il faut défendre Canal Plus et Zemmour contre le CSA. Soyons politiquement correct et rappelons le célèbre adage: « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire ». Voltaire reviens! Le CSA est devenu fou!
____________

L'Express.fr

Dans le même temps, Philippe Bilger, avocat général à la cour d'appel de Paris, a estimé que "beaucoup" des trafiquants sont noirs et arabes, validant les propos controversés d'Eric Zemmour, sur son blog dans une note consacrée au journaliste."

"Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce +fait+, la justesse de cette intuition qui, aujourd'hui, confirment un mouvement né il y a quelques années", écrit M. Bilger dans sa note intitulée "Eric Zemmour ou le trublion officiel".

"Tous les noirs et tous les arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Je précise, car rien dans ce domaine n'est inutile, qu'il y ait aussi des +trafiquants+ ni noirs ni arabes est une évidence et ne me rend pas plus complaisant à leur égard", poursuit l'avocat général."Il n'est point besoin d'aller chercher des consolations dans les statistiques officielles, dont la finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et l'esprit si on accepte de regarder", estime-t-il.

Pour M. Bilger, l'émotion suscitée par les propos de M. Zemmour s'explique par le fait que ce dernier a "dépassé une ligne que la bienséance et l'hypocrisie considèrent comme absolue".
Quant aux propos de Rachid Arhab: "Nous sommes tous heureux que Rachid Arhab soit au CSA, mais précisément parce qu'il n'est jamais tombé dans les travers dénoncés par Zemmour", estime M. Bilger.
______________

Réponse de Zemmour au président de la LICRA (qui a décidé de retirer sa plainte) dans Marianne:

Monsieur le Président,


Je fais suite à notre rencontre à l’instigation de mon avocat, Olivier PARDO. Cette rencontre nous a permis de nous rendre compte qu’il y avait bien eu un malentendu et une confusion non seulement dans la reprise de mes propos par les médias, mais également dans l’analyse qui a pu ensuite en être faite et qui a conduit à ce déchainement médiatique à mon encontre.


En effet, je n’ai jamais dit contrairement à ce qui a pu être colporté dans les médias que «tous les délinquants sont Arabes et noirs», mais que «la plupart des délinquants sont Arabes et noirs.»

Ma volonté n’a jamais été de stigmatiser « les noirs ou les arabes » comme des délinquants, mais si cette phrase, sortie de tout contexte, a pu heurter, je le regrette.


La mise en scène tout de gouaille cynique d’un Ardisson sur Canal +, qui prévient d’avance par un panneau comme dans les dessins animés de Tex Avery : «Attention, Zemmour dérape», et qui mime un effarement scandalisé d’autant plus surjoué qu’il est enregistré et inséré a posteriori, tandis que pendant l’émission, il avait pris un air patelin, pour me glisser à l’oreille : «tu as un rôle très important dans la société de dire les vérités qui dérangent...Ne t’inquiète pas, je te protégerai au montage...» Car si mes propos étaient si infâmes à ses yeux, que ne les a-t-il coupés au montage ?


D’autres sont allés plus loin. J’aurais déclaré : «tous les Arabes et noirs sont délinquants.» C’est ainsi que l’a pris - ou a voulu le comprendre- un membre éminent du CSA, Rachid Arhab, qui a rétorqué à la cantonade : «on peut être Arabe et membre du CSA». Mais était-ce le sujet ? Des journalistes m’ont même demandé si j’avais voulu dire qu’ils «étaient délinquants parce qu’arabes et noirs». Et ils se sont étonnés que je refuse de leur répondre.


Je n’ai bien entendu pas voulu dire tout cela. Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain - les années 70- où une bande de truands célèbres - les frères Zemour - défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse - et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin !


On a volontairement oublié que ma désormais fameuse phrase n’était qu’une réponse aux arguments développés par les autres intervenants selon laquelle «la police n’arrête que les Arabes et noirs». Cette double «stigmatisation» - et de la police républicaine - et des «Arabes et noirs» ne choque personne. Les «Arabes et noirs» peuvent être distingués du reste «de la communauté nationale» s’ils sont héros ( le livre de Thuram exaltant les héros noirs) ou victimes. Dans tous les autres cas, il est infâme de les distinguer. Cette injonction universaliste conviendrait assez bien à mon tempérament assimilationniste. J’ai tendance à ne voir dans tous les Français que des enfants de la patrie, sans distinction de race ni de religion, comme dit le préambule de notre Constitution.


Mais voilà que l’on me reproche aussi cette position, que l’on juge désuète, très IIIème République, exhalant un fumet néo-colonialiste. Au nom du droit à la différence, de la modernité, on doit pouvoir exalter ses racines et l’enrichissement d’une société multiculturelle. Mais quand vous avez l’outrecuidance de montrer l’envers de ce décor riant, on redevient furieusement universaliste !


J’ai eu le malheur d’ajouter : c’est un fait ! J’aurais sans doute dû ajouter «malheureusement». Je ne me réjouis ni pour eux ni pour la société française; mais l’autruche n’est pas mon modèle. On me rétorque un peu facilement qu’il n’y a pas de statistiques ethniques pour prouver mes dires. Pourtant, devant une commission parlementaire du Sénat, Christian Delorme, surnommé «le curé des Minguettes», ne déclarait il pas : « en France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler.»


Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons» entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient.


Mes contempteurs pourraient d’ailleurs me rétorquer que ces chiffres prouvent bien que les personnes issues de l’immigration sont défavorisées, puisque depuis Victor Hugo, on sait bien que c’est la misère qui crée la délinquance. On pourrait aussi rappeler que dans tous les pays d’immigration, les derniers arrivés donnent souvent les gros effectifs à la délinquance - Irlandais dans l’Amérique du XIXème siècle, Marocains dans l’Israël des années 50, Russes aujourd’hui. Ces arguments ne sont d’ailleurs pas sans fondement, mais on ne me les présente nullement. On exige seulement que je me taise.


On me reproche aussi de contester le principe de «discrimination». Mais je continue de penser que le concept même de «discrimination» est dangereux, qu’il pousse à la délation et l’irresponsabilité. Depuis quand n’a-t-on plus le droit en France de contester le bien fondé d’une loi ? Cette question des discriminations est potentiellement explosive dans un pays égalitaire comme la France. Quand certains grands patrons déclarent qu’ils n’embaucheront plus désormais que «des gens issus de l’immigration, et en tout cas pas des mâles blancs», c’est aussi une discrimination, mais personne ne s’en soucie. C’est pour éviter ces querelles sans fin que j’explique que , c’est à dire la liberté de choix. Il faut traiter les problèmes réels autrement. En tout cas, on peut en débattre dans un pays libre.


Il existe aujourd’hui une ambiance délétère dans le débat démocratique français. Le pays de Voltaire :« je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai pour que vous puisiez le dire » devient le pays de Torquemada qui tue l’hérétique pour sauver son âme. Pourquoi les journalistes qui prétendent faire un portrait de moi, s’empressent ils de demander à mes employeurs s’ils me garderont leur confiance ? Il y a aujourd’hui en France une ambiance Mac Carthyste qui réclame «l’interdiction professionnelle» comme exutoire des dérapages. C’est ma mort sociale qui est réclamée.


Notre rencontre a eu le mérite d’ouvrir un dialogue qui je l’espère pourra se prolonger, hors de l’enceinte d’un tribunal.


Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments distingués.


Eric ZEMMOUR

_______________________

mercredi 17 mars 2010

La France qui aime le racisme


La concurrence associative a visiblement décidé de rentrer en campagne. Une campagne de publicité évidemment, une actualité avec pignon sur rue. Car ce n’est pas tous les jours que l’on peut mettre en évidence ses qualités de professionnels de la censure. La diversité est intouchable, on le sait, comme la petite main jaune de SOS Racisme. L’antiracisme devient le nouveau marketing des frustrés, avec tout ce que cela comporte de mauvaise foi et de malhonnêteté. Eux, ils ne disent pas «nique la France», non non, ils sont tout de même plus subtils. Mais pour finir c’est du pareil au même, c’est juste plus sournois. Ce sont les grands étendards de l’égalité, des droits de l’homme, du multiculturalisme. Tout le reste n’est que mépris.

Deux débats avec Rokhaya Diallo (rappellez-vous en novembre 2008 : «J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire»), présidente des Indivisibles, et voilà les deux plus grandes polémiques auxquelles Eric Zemmour doit faire face. La fameuse phrase «La plupart des trafiquants sont noirs et arabes» proférée chez Ardisson est au centre de toutes les attentions et de tous leurs intérêts: le Mrap et le Club Avérroès qui saisissent le CSA, Banlieues Respect, La Licra qui vient de porter plainte, sans compter les chroniqueurs de France Inter (Ali Rebehli) ou Ouï FM (Didier Porte) qui versent soit dans l’ignoble Ad Hominem pour le premier, soit dans la généralisation hâtive pour le deuxième. C’est le moment c’est l’instant, déchaînez-vous! «Détritus Zemmour» pour Rebehli, «TOUS les trafiquants sont noirs et arabes» pour Porte. C’est un peu la même logique que s’offusquer de voir qu’il n’y a pas d'obèse dans un défilé Gucci.


Franchement, qui a osé débattre du problème sur le fond ? Personne. Peut-être Gérard Miller dans "L'objet du scandale". Mais la plupart du temps, on a extrait la phrase de son contexte et on l’a balancé à toutes les sauces. Rien de plus odieux que d’enlever le contexte de propos tenus. Qu’est ce que le racisme aujourd’hui? Partir d’un constat peut-être difficile à accepter (la population des prisons françaises contient entre 60% et 80% de personnes issues du Maghreb) ou dire que les jeunes sont délinquants parce quils sont noirs ou arabes? Car on en oublie que pour les gens honnêtes - si la délinquance nait de la misère et que les gens les plus pauvres sont issus de l’immigration - cette image négative des banlieues doit être lourde à porter.

Vaste blague. Il est plus simple d’y voir du racisme, il est préférable d’élaguer les nuances que comportent les mots d’une phrase. Dès qu’on parle de banlieues de façon osée, on est l’ennemi de la petite main jaune. La foudre impitoyable s'abat plus vite qu'il ne faut de temps pour le dire. Vous ne pouvez plus rien, fachos que vous êtes! Trop tard. Mais par contre, la morale à deux balles de Rachid Arhab du CSA peut se répandre: "On peut être arabe et pas trafiquant de drogue. On peut être au CSA", dit-il avec une intonation triomphante face à Thomas Hugues. Sauf que Rachid Arhab siège au CSA depuis 2006 dans la plus totale illégalité. Sauf qu’il s'est fait octroyer une simple mise en disponibilité de France 2, qui met entre parenthèses son contrat de travail au double mépris de la convention collective des journaliste de l'audiovisuel public et des dispositions légales régissant le CSA qui interdisent à tout membre du CSA d'avoir un quelconque lien ou intérêt avec une entreprise du secteur audiovisuel (Bruno Roger-Petit, Le Post.fr). Sauf qu’à partir du moment où il donne son opinion, tout le CSA y est tenu, peu importe l’impartialité dont doit faire preuve l’institution.


Sauf qu’au final, dans la Jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’homme en matière de liberté d’expression, on peut lire très clairement que « La liberté d'expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de « société démocratique ».

Choquer c’est la vie. Si porter plainte pour avoir choqué semble normal, il me revient de plein droit de porter plainte pour m’avoir choqué d’être choqué. Et ainsi de suite. Puisque la Licra poursuit Eric Zemmour pour «racisme», demandons aux féministes de porter plainte pour sous-représentation des femmes par rapport aux hommes à la télévision ; 1/3 - 2/3 parmi les intervenants que l'on voit à l'écran et qui s'expriment, c’est ce qui relève d’une d'une étude sur "la représentation de la diversité à la télévision belge francophone" menée par le CSA, belge celui-ci. Cela devrait faire plaisir à Rokhaya Diallo, qui n’hésita pas à nous expliquer doctement dans la même émission d’Ardisson que «le premier des communautarismes est blanc et masculin», suite à la représentation des élus à l’Assemblée Nationale. Je vais vous faire une confidence: moi ça me choque mais je n'intenterai pas de poursuites judiciaires.


mercredi 3 mars 2010

Chacun ses goûts!


«Chacun ses goûts» c’est se dérober. «Chacun ses goûts» c’est la réponse du faible. Le paroxysme du déni d’argumentation, du déni de remise en question, de soi-même, de la société, de ses certitudes. «Chacun ses goûts» est la belle mascarade de notre époque qui consiste à couper l’herbe sous le pied dès qu’on ose émettre une pensée différente. «Chacun ses goûts» est arrogant. C’est la réponse - la justification - ultime, le sentiment vainqueur de clore le sujet alors qu’il n’a même pas pointé le bout de son nez. C’est le manque de perspective, la passivité, la peur de montrer ses faiblesses ou l’envie de cacher une partie de soi qui nous dépasse. «Chacun ses goûts» est un délit. Une défaite de la pensée. Une lente mort de la critique. «Chacun ses goûts» sent le soufre, l’esprit essoufflé, rend sourd les moindres soubresauts intellectuels. La prolétarisation des uns, la banalité des autres. «Chacun ses goûts» semble égalitaire. Mais en apparence seulement. Car «chacun ses goûts» laisse filer en 3 mots l’histoire des fondamentaux. Rejette le beau mot de Nietzsche: «Le mauvais goût a son droit autant que le bon goût».

«Chacun ses goûts» vit en nous au point de placer sur un même pied Brel et Grand Corps Malade, Marc Lévy et Emile Zola. Il est le triomphe des Romains face aux Gaulois, de Goliath contre David, des friteries sur les restaurants gastronomiques, du cinéma de masse sur le film d’auteur. Des flics antiracistes, des bien-pensants, des incultes, de ceux qui croient posséder des goûts - bons ou mauvais - alors qu’ils sont juste les pantins gavés comme des oies du capitalisme ambiant. «Chacun ses goûts» c’est justement l’instantanée du capitalisme. Les médias abrutissants. Les élites mondialisées. «Chacun ses goûts» n’aime pas la liberté d’expression mais bien les paradoxes. «Chacun ses goûts» est une épine dans nos veines, le germe de l’abandon rationnel, le cri du coeur naïf, le début de l’ère individualiste post-culturelle. L’Eglise du narcissisme infantile.


lundi 18 janvier 2010

Un remords nommé Séguin


Éric Zemmour
15/01/2010 | Le Figaro Magazine

La République a enterré Philippe Séguin ; mais il y a belle lurette que Philippe Séguin avait enterré la République. Lors de sa campagne pour le non au traité de Maastricht, en 1992, il avait prophétisé le « fédéralisme au rabais », la fin de la souveraineté nationale, et de la démocratie. La suite avait encore avivé son désabusement. L'Europe s'avérait l'agent efficace de la mondialisation libérale, et imposait la soumission des Etats au marché. Dans ces aphorismes qu'il prononçait de son gros rire narquois, son regard exprimait tout le désespoir du monde. «La politique aujourd'hui, c'est comme un match de football où les deux équipes jouent encore mais il n'y a plus le ballon.» Ou : «La droite et la gauche sont deux détaillants qui ont le même grossiste, l'Europe.» Il y avait dans Séguin un écho du Chateaubriand des Mémoires d'outre-tombe qui se dirige avec une parfaite lucidité vers les rivages des temps nouveaux, mais éprouve une nostalgie inextinguible pour les rivages qu'il a dû abandonner. Séguin avait joué et perdu. Par sa faute. Trop timoré face à Mitterrand, puis face à Chirac, il avait laissé se dilapider l'héritage électoral de Maastricht. Il n'avait rien fait de cette base gaullienne ressuscitée. Cruelle ironie : pendant qu'à la Cour des comptes Séguin s'était transformé en contrôleur vétilleux des critères de Maastricht, à la conférence de Copenhague, l'Europe, et sa croyance naïve dans le multilatéralisme et l'exemplarité de la norme, était bafouée et ridiculisée par des Chinois et des Américains qui ne juraient que par la realpolitik et leur souveraineté nationale. Il y eut dans le faste de la cérémonie d'enterrement et l'émotion parfois sincère des plus hauts dignitaires de l'Etat, qui l'avaient tant combattu, autant vilipendé que craint, comme un remords. Furtif, mais profond. The show must go on.

lundi 11 janvier 2010

Copenhague, la nouvelle Jérusalem


Jusqu’à la moelle! Les nouveaux Jésus auront notre peau. Avant il y avait St-Jacques de Compostelle, maintenant Copenhague! Et combien n’ont pas planifié leur voyage - en train écologique bien sûr - comme si ça relevait d’un pèlerinage à la Mecque que l’on prépare toute sa vie. En quête du nouveau Graal, de nouvelles sensations. Plus besoin de Batman, de Spiderman. Ne dites plus Captain America, mais comme Obispo Captain Samourai Flower! Ils sont tous super-héros: leur credo c’est sauver la planète. Sauver-la- planète! Ils se sentent importants, ils ont pris conscience mieux que quiconque du fléau, eux les croisés des temps modernes, les distributeurs d’obligations, de bonne conscience. Ah, la belle mégalomanie. Et la croissance? Et la compétitivité?
Jérusalem c’est fini. A peine Copenhague démantelé, ils revienennt en avion telle Cécile Duflot, ils parlent du sommet tant et plus. Quelle déception, quelle tristesse, quelle honte de ne pas avoir trouvé d’accord. Et ne parlez pas de Climetage, de cas isolés, d’illusions car vous êtes dans le faux, dans l’hérésie, dans la connerie. Mais c’est la bonne vieille histoire de celui qui pense que la terre est ronde alors que tous pensent qu’elle est plate: au final la terre est ronde.

Et si on s’en battait les couilles? Yann Arthus-Bertrand, ça n’a pas marché avec moi. Nicolas Hulot, encore moins. Et si on avait envie de dire qu’on en a rien à faire de leurs voix fluettes bien-pensantes à la Oui-Oui? Mis à part évidemment que ça nous fait chier. Et si je veux polluer? Si j’ai envie de penser que l’écologie, c’est pire que le socialisme insipide belgo-français? Derrière leurs apparences, ce sont souvent les plus hypocrites. Les lois naturelles ça n’existe pas; par contre les taxes, comptez sur elles. Un monde meilleur, on y a toujours cru...pendant le communisme aussi. Un complot oui! Un coup d’état sur les plantes! Et puis, ils auraient même raison? Mais c’est qu’ils nous cassent les burnes avec leurs recommandations. Rien que pour ça on peut les détester! On nous dit ce qu’on doit acheter, dans quoi on doit rouler, ce qu’on doit porter, comment se chauffer. Les règles, c’est fait pour mettre des barrières, pas innover.

Il faut détruire Carthage! La dictature verte est en marche: certains brûlent des voitures, d’autres préfèrent brûler ceux qui sont contre le déferlement d’eau tiède omniprésent. D’ailleurs là je vais prendre mon 4x4 et m’amuser un peu. J’aurai tout le temps de m’indigner de la nouvelle idée de Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie : préparer «une fête populaire verte axée sur la biodiversité», pour «croire en une croissance verte». Autrement dit, un beau déguisement pour vanter cette nouvelle religion, qui poussera une fois de plus dans le terreau du doux abrutissement démocrate...
Père! Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.