L'affaire Zemmour est devenue une bombe à fragmentation. Ses éclats n'en finissent pas de déchiqueter tous ceux, qui de près ou de loin sont touchés ou impliqués, directement ou indirectement, par les effets de la petite phrase qui a tout fait exploser: « la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes, c'est un fait ».
Hier, le Figaro a fait savoir qu'une procédure de licenciement était engagée contre Eric Zemmour, procédure fondée sur la petite phrase en question. Si Zemmour est effectivement licencié sur cette base, la pression qui s'exercera sur les autres employeurs de l'éditorialiste sera considérable. Carolis et Duhamel auront bien du mal à expliquer que l'impétrant n'est pas salarié de France 2 et qu'ils ne peuvent rien faire contre sa présence dans l'émission produite par Catherine Barma, et Baldelli, le super patron de RTL, aura bien du mal à justifier le maintien au micro d'une chronique quotidienne tenue par un éditorialiste viré de son journal pour propos publics insupportables. C'est le sens de la déclaration du directeur des rédactions du Figaro: « Ça n'est pas la ligne du Figaro que de tenir des propos racistes ». Et à France 2? Et à RTL? A suivre.
Dans le même temps, le CSA frappait Canal Plus (et Zemmour) pour la même cause, sous la forme d'une mise en demeure adressée à la chaine cryptée. Suivant les recommandations du conseiller en charge de déontologie, le CSA a estimé que Canal avait manqué aux obligations de sa convention. Selon une porte-parole de l'institution, deux des articles de la convention qui lie Canal+ au CSA et prévoient que les programmes de la chaîne "ne doivent pas encourager des comportements discriminatoires, ni contrevenir aux valeurs d'intégration et de solidarité qui sont ceux (sic, la porte-parole, elle cause bien le français) de la République" n'ont pas été respectés par la chaine.Effectivement, les deux articles en question sont les suivants:
Article 7
La société est responsable du contenu des émissions qu'elle diffuse.Dans le respect des principes constitutionnels de liberté d'expression et de communication et de l'indépendance éditoriale de la société, celle-ci veille au respect des principes énoncés aux articles suivants.(...)
Article 10
La société veille dans ses émissions :
- à ne pas inciter à des pratiques ou comportements dangereux, délinquants ou inciviques ;
- à respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public ;
- à ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité ;
- à promouvoir les valeurs d'intégration et de solidarité qui sont celles de la République ;
- à prendre en compte dans la représentation à l'antenne la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale.
Si l'on suit bien les conclusions du CSA fournies par Rachid Arhab et ses conseils juridiques, Canal aurait manqué aux obligations de ces deux articles. Cette décision est:
-Juridiquement nulle: n'en déplaise, depuis 1789 et la loi relative à la liberté de la presse de 1881, seule l'autorité judiciaire est compétente en la matière de liberté d'opinion et de droit de la presse. D'autre part, les propos de Zemmour ne tombent pas sous le coup de la loi pénale et de la jurisprudence en la matière. S'il doit y avoir procès, faut-il le répéter, Zemmour en sortira vierge.
Vous l'avez compris, compte tenu des dispositions constitutionnelles et légales existantes, les dispositions de cette convention sont superfétatoires, donc nulles. Pire encore, la partie sur laquelle le CSA fonde sa décision est même contraire à la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, donc à la Constitution. La République ne prône pas de "valeurs d'intégration et de solidarité" , charabia novlanguien évasif et général, dénué de fondement juridique. En revanche, la même République (Ve du nom), se référant à la même Déclaration des Droits de l'Homme énonce bel et bien que:«
Article 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».
« Article 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».
Et on terminera ce petit cours de droit pour les nuls destinés aux juristes du CSA en rappelant le très fameux article 6 du code civil: "On ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l'ordre public et les bonnes moeurs".
La loi, c'est le juge, pas le CSA. Si j'étais juriste à Canal Plus, je saurais quoi faire.
-Politiquement dangereuse: en contournant, selon son bon plaisir, la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen, la Constitution de 1958 et la loi de 1881, le CSA institue de fait une police politique des débats et de la liberté d'opinion à la télévision. Il n'existe pas de précédent en la matière. C'est la première fois en France qu'une autorité administrative indépendante s'érige ainsi en censeur administratif de la liberté d'opinion. C'est un précédent extrêmement grave. Ce que dit Zemmour est contestable, critiquable et parfois insupportable, mais ça n'est pas illégal. Et si on veut mettre en doute la légalité de ces propos, c'est au juge de le constater et de le sanctionner, pas à une autorité administrative auto-investie.Si l'on s'amuse à rapporter les propos de Zemmour à tous ceux qui sont susceptibles de recourir aux mêmes arguments, et si l'on se réfère à la nouvelle « jurisprudence » du CSA, il faut mettre en demeure France 2 sans tarder pour avoir organisé le débat Besson-Le Pen. Amusant non? Surtout lorsque l'on sait queRachid Arhab et Françoise Laborde siègent au CSA tout en ayant gardé leur petit contrat de travail au chaud dans les bureaux de la DRH de France 2. C'est illégal et source de conflits d'intérêts, la preuve. Si j'étais juriste à Canal Plus, je saurais quoi faire.
Il convient aujourd'hui de mettre en garde toutes les associations ou lobbies qui se réjouissent des mésaventures de Zemmour. Si cette chute doit survenir au mépris des principes républicains, par le biais de petits arrangements avec le droit, c'est intolérable. Et on ne pourra que s'inquiéter de constater que ceux qui ont la bouche pleine de « république » sont prêts aux accommodements les plus suspects dès que cela leur permet de remporter une victoire médiatique sur un adversaire politique. C'est pour cela que la joie manifestée par le président du CRAN aujourd'hui sur son blog me file la nausée. A le lire se réjouir des malheurs de Zemmour, acclamer le CSA, on a l'impression d'entendre Saint-Just dire « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté! ». On sait où cela mène ce genre de discours « républicain ». Merci bien, la terreur et la vertu dans les médias, ce sera sans moi.La conclusion s'impose d'elle même. Il faut défendre Canal Plus et Zemmour contre le CSA. Soyons politiquement correct et rappelons le célèbre adage: « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire ». Voltaire reviens! Le CSA est devenu fou! ____________
L'Express.fr
Dans le même temps, Philippe Bilger, avocat général à la cour d'appel de Paris, a estimé que "beaucoup" des trafiquants sont noirs et arabes, validant les propos controversés d'Eric Zemmour, sur son blog dans une note consacrée au journaliste."
"Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce +fait+, la justesse de cette intuition qui, aujourd'hui, confirment un mouvement né il y a quelques années", écrit M. Bilger dans sa note intitulée "Eric Zemmour ou le trublion officiel".
"Tous les noirs et tous les arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Je précise, car rien dans ce domaine n'est inutile, qu'il y ait aussi des +trafiquants+ ni noirs ni arabes est une évidence et ne me rend pas plus complaisant à leur égard", poursuit l'avocat général."Il n'est point besoin d'aller chercher des consolations dans les statistiques officielles, dont la finalité presque exclusive est de masquer ce qui crève les yeux et l'esprit si on accepte de regarder", estime-t-il.
Pour M. Bilger, l'émotion suscitée par les propos de M. Zemmour s'explique par le fait que ce dernier a "dépassé une ligne que la bienséance et l'hypocrisie considèrent comme absolue".
Quant aux propos de Rachid Arhab: "Nous sommes tous heureux que Rachid Arhab soit au CSA, mais précisément parce qu'il n'est jamais tombé dans les travers dénoncés par Zemmour", estime M. Bilger.
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Réponse de Zemmour au président de la LICRA (qui a décidé de retirer sa plainte) dans Marianne:
Monsieur le Président,
Je fais suite à notre rencontre à l’instigation de mon avocat, Olivier PARDO. Cette rencontre nous a permis de nous rendre compte qu’il y avait bien eu un malentendu et une confusion non seulement dans la reprise de mes propos par les médias, mais également dans l’analyse qui a pu ensuite en être faite et qui a conduit à ce déchainement médiatique à mon encontre.
En effet, je n’ai jamais dit contrairement à ce qui a pu être colporté dans les médias que «tous les délinquants sont Arabes et noirs», mais que «la plupart des délinquants sont Arabes et noirs.»
Ma volonté n’a jamais été de stigmatiser « les noirs ou les arabes » comme des délinquants, mais si cette phrase, sortie de tout contexte, a pu heurter, je le regrette.
La mise en scène tout de gouaille cynique d’un Ardisson sur Canal +, qui prévient d’avance par un panneau comme dans les dessins animés de Tex Avery : «Attention, Zemmour dérape», et qui mime un effarement scandalisé d’autant plus surjoué qu’il est enregistré et inséré a posteriori, tandis que pendant l’émission, il avait pris un air patelin, pour me glisser à l’oreille : «tu as un rôle très important dans la société de dire les vérités qui dérangent...Ne t’inquiète pas, je te protégerai au montage...» Car si mes propos étaient si infâmes à ses yeux, que ne les a-t-il coupés au montage ?
D’autres sont allés plus loin. J’aurais déclaré : «tous les Arabes et noirs sont délinquants.» C’est ainsi que l’a pris - ou a voulu le comprendre- un membre éminent du CSA, Rachid Arhab, qui a rétorqué à la cantonade : «on peut être Arabe et membre du CSA». Mais était-ce le sujet ? Des journalistes m’ont même demandé si j’avais voulu dire qu’ils «étaient délinquants parce qu’arabes et noirs». Et ils se sont étonnés que je refuse de leur répondre.
Je n’ai bien entendu pas voulu dire tout cela. Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain - les années 70- où une bande de truands célèbres - les frères Zemour - défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse - et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin !
On a volontairement oublié que ma désormais fameuse phrase n’était qu’une réponse aux arguments développés par les autres intervenants selon laquelle «la police n’arrête que les Arabes et noirs». Cette double «stigmatisation» - et de la police républicaine - et des «Arabes et noirs» ne choque personne. Les «Arabes et noirs» peuvent être distingués du reste «de la communauté nationale» s’ils sont héros ( le livre de Thuram exaltant les héros noirs) ou victimes. Dans tous les autres cas, il est infâme de les distinguer. Cette injonction universaliste conviendrait assez bien à mon tempérament assimilationniste. J’ai tendance à ne voir dans tous les Français que des enfants de la patrie, sans distinction de race ni de religion, comme dit le préambule de notre Constitution.
Mais voilà que l’on me reproche aussi cette position, que l’on juge désuète, très IIIème République, exhalant un fumet néo-colonialiste. Au nom du droit à la différence, de la modernité, on doit pouvoir exalter ses racines et l’enrichissement d’une société multiculturelle. Mais quand vous avez l’outrecuidance de montrer l’envers de ce décor riant, on redevient furieusement universaliste !
J’ai eu le malheur d’ajouter : c’est un fait ! J’aurais sans doute dû ajouter «malheureusement». Je ne me réjouis ni pour eux ni pour la société française; mais l’autruche n’est pas mon modèle. On me rétorque un peu facilement qu’il n’y a pas de statistiques ethniques pour prouver mes dires. Pourtant, devant une commission parlementaire du Sénat, Christian Delorme, surnommé «le curé des Minguettes», ne déclarait il pas : « en France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler.»
Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de «musulmans dans les prisons» entre 70 et 80%. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre «L’islam dans les prisons ( Balland) confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction Centrale de la Sécurité Publique ( DCSP) et de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) on évaluait entre 60 et 70% des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG relevait que 85% de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes, établissaient que 87% étaient de nationalité française; 67% d’origine maghrébine et 17% d’origine africaine. La «plupart» est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient.
Mes contempteurs pourraient d’ailleurs me rétorquer que ces chiffres prouvent bien que les personnes issues de l’immigration sont défavorisées, puisque depuis Victor Hugo, on sait bien que c’est la misère qui crée la délinquance. On pourrait aussi rappeler que dans tous les pays d’immigration, les derniers arrivés donnent souvent les gros effectifs à la délinquance - Irlandais dans l’Amérique du XIXème siècle, Marocains dans l’Israël des années 50, Russes aujourd’hui. Ces arguments ne sont d’ailleurs pas sans fondement, mais on ne me les présente nullement. On exige seulement que je me taise.
On me reproche aussi de contester le principe de «discrimination». Mais je continue de penser que le concept même de «discrimination» est dangereux, qu’il pousse à la délation et l’irresponsabilité. Depuis quand n’a-t-on plus le droit en France de contester le bien fondé d’une loi ? Cette question des discriminations est potentiellement explosive dans un pays égalitaire comme la France. Quand certains grands patrons déclarent qu’ils n’embaucheront plus désormais que «des gens issus de l’immigration, et en tout cas pas des mâles blancs», c’est aussi une discrimination, mais personne ne s’en soucie. C’est pour éviter ces querelles sans fin que j’explique que , c’est à dire la liberté de choix. Il faut traiter les problèmes réels autrement. En tout cas, on peut en débattre dans un pays libre.
Il existe aujourd’hui une ambiance délétère dans le débat démocratique français. Le pays de Voltaire :« je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai pour que vous puisiez le dire » devient le pays de Torquemada qui tue l’hérétique pour sauver son âme. Pourquoi les journalistes qui prétendent faire un portrait de moi, s’empressent ils de demander à mes employeurs s’ils me garderont leur confiance ? Il y a aujourd’hui en France une ambiance Mac Carthyste qui réclame «l’interdiction professionnelle» comme exutoire des dérapages. C’est ma mort sociale qui est réclamée.
Notre rencontre a eu le mérite d’ouvrir un dialogue qui je l’espère pourra se prolonger, hors de l’enceinte d’un tribunal.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments distingués.
Eric ZEMMOUR
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